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Rue de Sèvres

De la place Rhin et Danube à l’ avenue du Général Leclerc.
Longueur: 1200 mètres - Largeur: 12 mètres.

M. Penel-Beaufin a écrit que cette rue fut construite en 1750 pour permettre au roi d’éviter Paris et gagner Saint Denis en venant de Versailles. Mais il y a là une confusion qui se rattache à l’histoire de la Route de la Révolte. Le chemin qui permettait de gagner cette route historique n’est autre que notre avenue Victor Hugo jadis Route des Princes. La rue de Sèvres existait depuis fort longtemps mais ce n’était qu’un chemin de terre qui était sous l’eau durant plusieurs mois de l’année, d’une largeur insuffisante d’ailleurs pour permettre le passage des carrosses du roi. 

Nous connaissons pourtant un texte de 1792 par lequel le sieur Sageret, qui vient d’acquérir la Ferme de Billancourt, propose de rectifier le chemin, lequel a 36 pieds de largeur, en réduisant celle-ci à 18 pieds (env. 6 mètres) , ce qui ferait supposer une autre version, si le dit Sageret ne disait en même temps que le chemin était presque impraticable durant la mauvaise saison. Sa proposition, qui fut agréée, ne concernait que la partie proche du Vieux Pont de Sèvres. Cette partie fut d’ailleurs supprimée lorsqu’on déplaça la Route de Versailles (1810-1825)  et remplacée par la rue Collas. Les frères Collas étaient établis dès 1794 - ou avant - des deux côtés de la Seine et possédaient là un important commerce de fers, bois et charbons, qui prospéra jusque vers 1840. 

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Avenue Jean-Baptiste Clément

Jb_clementAncienne Grande rue.
Route départementale n° 103
Du Bois de Boulogne à la place Rhin et Danube.
Longueur: 1260 mètres - Largeur: 31 et 16 mètres.

Il est certain que l’antique village des Menus avait une communication avec celui de Saint Cloud, et lorsque l’Eglise de Boulogne eut été édifiée (1320-1330), un chemin, peut-être partiellement le même, assura le même office. mais nous ignorons totalement son parcours. Il y a au plus une probabilité pour qu’il ait correspondu à notre avenue Jean Baptiste Clément actuelle.

Dans tous les cas ce ne devait être qu’un chemin de campagne. En 1659, le duc d’Orléans, frère du roi, acquiert le château de Saint Cloud, l’agrandit considérablement et y fixa sa résidence. A peu près dans le même temps, le Roi faisait percer dans le Bois de Boulogne de nouvelles avenues. La plus large, partant de Passy, sera l’Allée Royale et se prolongera au-delà de la porte dite de Boulogne par une route qui ira jusqu’au pont de Saint Cloud et desservira le château du duc d’Orléans. Cette route fut sans doute construite vers 1665. 

Il est encore visible aujourd’hui, d’après la différence de largeur de la voie, atténuée d’ailleurs sous le second Empire, que la partie la plus resserrée remonte à une époque plus ancienne que le reste. Il y avait donc eu des constructions aux abords de l’Eglise. Il y a aussi une autre raison à cette différence: c’est que, à partir du chemin - ou rue - de Billancourt, la route se trouvait sur le territoire de la seigneurie de Saint Cloud et non plus sur celui de celle de Boulogne. Ce territoire était presque inhabité et cultivé en vignobles. Un récit d’une fête en 1757 montre que les illuminations de Saint Cloud commençaient à cette limite. Notons que, encore en 1828, on appelait «Chaussée de Saint Cloud» la partie en question alors que l’appellation de «Grande Rue de Boulogne» ne s’appliquait qu’à l’autre partie. Il existait d’ailleurs une autre dénomination, celle de «Pavé du Roi» ou plus simplement «Le Pavé» parce que la route était pavée dans la traversée de Boulogne.

Ce n’est qu’au XVIIIème siècle que, avec le grossissement de l’agglomération, la Grande Rue de Boulogne - en importance - remplaça la «Grande rue des Menus» qui n’était autre que notre rue des Menus. Elle fut véritablement «la Grande Rue», centre de la vie du pays, du commerce et des habitations bourgeoises jusqu’aux approches du XXème siècle.
La construction de la Route de La Reine en 1786 réduisit la circulation sur la Grande Rue, du moins si l’on en croit le maire Pance, se plaignant en 1805 que l’Empereur n’y passe pas. D’autres papiers ne confirment pas cette affirmation. En 1790, la partie orientale de Saint Cloud avait été réunie à la commune de Boulogne, qui dès lors, posséda les deux parties de la route. L’assertion que la première mairie aurait eu son siège au n° 35 est vraisemblablement erronée. 

Il est sûr en tous cas, que les souverains, allant de Paris à Saint Cloud, leur résidence d’été préférée, ou en revenant, passèrent fréquemment par la Grande Rue jusqu’en 1870, ce qui amena les municipalités successives à se préoccuper de l’aménagement de cette voie en sollicitant l’aide du Roi ou de l’Empereur à plusieurs reprises pour le pavage, l’éclairage, les égouts, les trottoirs, l’arrosage.

Le premier égout souterrain de Boulogne fut établi en 1848 dans cette rue par le département, comme entreprise contre le chômage. Sous le second Empire, le souci de la sûreté de l’Empereur amène le préfet à faire pression sur la commune pour mieux éclairer la route - ainsi après l’attentat d’ Orsini - et à l’élargir à certains endroits. Avec quelques exagérations, Mahias compare la Grande Rue avec la Rue de Rivoli. Le même s’émerveille du superbe point de vue qu’elle présente vue du Bois.

Le percement du «Grand Boulevard» (1870), après la restauration de l’Eglise et l’établissement du Marché, augmenta l’intensité de la circulation. Cependant, ces mêmes causes contribuèrent à déplacer le centre de gravité de la commune vers le Sud, notamment vers le Boulevard de Strasbourg. Les grandes usines de Billancourt, après 1900 et surtout 1914, y contribuèrent fortement. 

En 1919, il n’y avait plus de «Grande Rue» à Boulogne, au sens traditionnel du terme, et, avec quelque dédain du passé de la Ville, le conseil municipal décida d’en changer le nom en celui d’avenue Jean Baptiste Clément. 

Jean Baptiste Clément (1836-1903), chansonnier révolutionnaire et l’un des fondateurs du parti socialiste en 1880, ancien membre de la commune et maire de Montmartre en 1871, était né à Boulogne. Fils du meunier du pont de Saint Cloud, disparu en 1840, il avait quitté son pays natal de bonne heure (!) et n’y avait pas joué de rôle. 

Une tradition assure que la première mairie de Boulogne au n° 35 - actuel - de cette rue. mais il semble qu’elle;soit erronée et il y a eu vraisemblablement confusion. Si la mairie siégea à cet emplacement, ce fut entre 1813 et 1825 durant que son local antérieur près de l’Eglise fut occupé par le curé qui l’avait revendiqué. Il est plus certain que la maison qui fait l’angle avec la rue de La Rochefoucauld fut celle de Pierre Vauthier maire de Boulogne à quatre reprises entre 1791 et 1814. Le docteur Jules Bezançon, qui fut maire en 1870-1871, habita la Grande Rue durant près d’un demi-siècle. L’explorateur Alfred Marche, compagnon de Brazza, naquit au n° 37 - ancien - en 1844.

Rue Heyrault

HeyraultDu 133 avenue Edouard Vaillant au 158 rue du Vieux Pont de Sèvres.
Longueur: 159 mètres - Largeur: 11, 50 mètres.

M. Heyrault, notaire à Paris, acquit en 1824 un terrain important de M. Rossé, capitaine de gendarmerie et alors propriétaire de la Ferme de Billancourt, laquelle allait bientôt disparaître. M. Heyrault en revendit une partie après avoir percé la rue qui porte son nom et conserva le reste.Devenu conseiller municipal de Boulogne, et capitaine de la Garde Nationale, il est l’auteur d’un rapport intéressant sur la situation scolaire en 1832 et, ayant critiqué le maire Guillaume pour son inertie, vraie ou supposée, durant la grande épidémie de choléra, il amena celui-ci à démissionner ; lui-même mourut dans sa propriété en 1834. Le domaine fut acquit par le comte Mostowska, ancien ministre de Pologne, dont la fille se maria en 1842 avec le prince Sapieha. La maison fut connue longtemps sous le nom de «maison du prince Polonais».

La rue Heyrault figure sous ce nom sur un état du sectionnement électoral de 1831. On la trouve citée en 1834 à l’occasion d’un fait qui démontre bien que le formalisme administratif est chose ancienne. Le maire Collas voulut faire enlever deux arbres qui gênaient le débouché de la rue sur la Route Nationale. Il lui fallut pour cela obtenir l’autorisation du sous-préfet après un rapport détaillé de l’ingénieur ordinaire approuvé par l’ingénieur en chef du Département. L’un de ces arbres était mort..l’autre fut estimé 3, 40 francs que le maire dut reverser aux Domaines.

Rue Henri Martin

Henri_martinDu 30 avenue Edouard Vaillant au 7 rue Galliéni.
Longueur: 170 mètres - Largeur: 12 mètres

Dès l’annexion de Billancourt à Boulogne en 1860, le conseil municipal avait retenu le principe d’ une voie qui devait relier la rue de La Plaine (Galliéni) à la rue du Vieux Pont de Sèvres et prolonger ainsi la rue des Peupliers ouverte par le comptoir Bonnard. Le quartier était alors très peu peuplé. Les conseillers discutèrent du tracé sans se mettre d’accord en 1881-1884. On parla de pousser la rue jusqu’à la Route de La Reine en face de la rue de la Tourelle. Une pétition avait été présentée au conseil le 17 octobre 1883 pour protester contre la fermeture de l’impasse du Moulin par un propriétaire M. Dehaynin, alors que cette sente était «publique depuis un temps immémorial» ; elle reliait le 22 de la rue de La Plaine à la Route de La Reine.

Ces beaux projets qui, s’ils avaient abouti, auraient établi une voie unique allant du Boulevard d’Auteuil à la Seine, furent renvoyés aux calendes municipales. L’assemblée se contenta du tracé actuel de notre rue en le votant le 3 février 1884 et le préfet approuva le 23 juin de la même année. Il fallut acquérir et démolir une maison Albaret (25.000 francs) et une maison Fagotat (9.000 francs). De mauvais esprits crurent devoir imputer à M. Fagotat, alors conseiller municipal, l’abandon du tracé en face de la rue des Peupliers.

Un moment désigné sous le nom d’impasse du Chemin Vert avant son achèvement, la rue reçu le nom d’Henri Martin parce que celui-ci avait été un historien républicain et qu’il venait de mourir en 1883. Il avait été maire du XVIème arrondissement de Paris.

Square Henri Barbusse

SquareCe fut sous le Second Empire une belle propriété qui appartenait à M. Boitelle, ex-capitaine de lanciers nommé préfet de police après l’attentat d’Orsini et qui pourchassa durement les républicains. Les Goncourt parlent de ce personnage à différentes reprises comme un habitué du salon de la princesse Mathilde.

Ses derniers propriétaires ne l’entretenaient plus guère en 1914, et la société Renault l’utilisa comme dépôt pendant la guerre. Elle était à peu près saccagée lorsque cette société consentit en 1928 à céder son option à la Ville. Les services municipaux en tirèrent du sable durant plusieurs années avant de la transformer en square et d’y construire un auditorium. Inauguré en 1934 il fut le théâtre de fêtes en plein air et de meetings populaires jusqu’à la guerre de 1939. Les bombardements de 1942-1943 détruisirent tous les aménagements et, ultérieurement, sa destination a été modifiée quelque peu par la construction de la Patinoire et de la Piscine.

Il a reçu son nom en 1935 à la mort de l’écrivain Henri Barbusse.

Rue Heinrich

HeinrichDu 254 boulevard Jean Jaurès au 30 rue Yves Kermen.
Longueur: 280 mètres - Largeur: 12 mètres.

Un rapport de l’architecte-voyer du 23 décembre 1892 nous apprend que la rue Henrich, à qui il donne le n° 28 de sa nomenclature des rues non classées, fait partie des rues de ce qu’il appelle «le système Naud», c’est à dire des rues établies par le comptoir Naud, anciennement Bonnard, qui en transféra la propriété à ses acquéreurs en 1885 à charge de les entretenir, ce que généralement ils s’abstinrent de faire.

Le principal acquéreur de ce côté était M. Henrich, dont nous ne savons rien sinon qu’il revendit ses terrains à d’autres. En 1913, les riverains offrirent le sol de la rue à la commune qui accepta le classement le 24 novembre 1913 en demandant 10 francs par mètre de façade. Le préfet classa le 29 avril 1914. La dépense s’éleva à 22800 francs, mais les riverains n’en payèrent que 5600 francs.

Rue Gutenberg

GutenbergDe la rue Denfert-Rochereau à l’avenue Victor Hugo.
Longueur: 400 mètres - Largeur: 12 mètres. 

Percée en 1855 comme les autres voies du Parc des Princes en vue du lotissement de cette partie du Bois de Boulogne, cette rue fut baptisée «Guttemberg» par on ne sait trop quel propriétaire de l’endroit, sans doute un des écrivains qui habitaient alors le quartier: Emile de Girardin, Napoléon Chaix, Turgan, Delamarre, et qui avaient des rapports étroits avec l’imprimerie dont l’invention était alors attribuée sans contestation à cet ancêtre. Toutefois, l’insistance à lui conserver l’orthographe germanique est assez curieuse.

Le conseil municipal de Boulogne accepta la rue (et le nom) lorsque le préfet Haussmann le lui demanda, sans aucun enthousiasme car il craignait la charge de l’entretien de toutes ces rues nouvelles (13 juin 1862).

La rue n’a eu d’autre histoire que deux opérations «chirurgicales»: en 1925, la Ville de Paris annexa son extrémité qu’elle supprima purement et simplement et le 21 décembre 1932, le conseil municipal décida qu’une partie prendrait le nom du sculpteur Joseph Bernard.

Mais elle a connu beaucoup de personnages célèbres à divers titres: le dessinateur et graveur Daniel Vierge († 1902), le peintre Uzanne († 1895), le sculpteur Max Blondat (†. 1925), Moreau-Vauthier († 1936), l’écrivain Jules de Gaultier († 1943), le prince Youssoupof, qui tua le moine Raspoutine en 1917 quelques jours avant qu’éclate la révolution Russe (son séjour à Boulogne entre 1920 et 1930 fit beaucoup écrire les journalistes), l’ingénieur Guillemin-Tarayre, qui fut le premier adjoint au maire en 1870-1871, l’architecte Niermans.

Rue Georges Sorel

G_sorrelDe la rue de La Belle Feuille à la rue Paul Bert.
Longueur: 330 mètres - Largeur: 12 mètres.

En 1926 le financier Geissmann acquit des terrains entre la rue Paul Bert et la rue de La Belle Feuille en vue de les lotir ou d’y construire après y avoir percé une rue. L’opération était devenue possible depuis peu en raison de la renonciation au projet de prolongement du Boulevard de la République, en sommeil depuis 15 ans.

Geissmann présenta un premier projet à la commune pour la partie entre la rue de La Belle Feuille et le boulevard Jean Jaurès. Un avis favorable fut donné par l’agent-voyer le 9 février 1926 et par le conseil municipal le 12 mars. Cependant, la rue n’était prévue qu’à une largeur de 6 mètres et il manquait 2, 50 mètres à l’entrée du boulevard. L’enquête publique donna lieu à des critiques de la part d’un adversaire politique, le jeune Foucher, concernant l’insuffisance de largeur en dépit d’une servitude latérale. Cette question fut discutée. Geissmann déclara que le règlement de 1905 ne prévoyait que 6 mètres et le préfet, le 24 septembre, lui répondit que son projet était «réputé approuvé» du fait du retard de la commune à renvoyer le dossier. Ce projet concernait un lotissement par la société d’exploitations immobilières de 20 lots de 150 mètres carrés. 

Geissmann présenta un second projet pour la partie vers la rue Paul Bert, qui fit l’objet des mêmes observations. Le 11 mai, il observait que l’élargissement de «cette rue des Pyramides prolongée», comme il l’appelait, lui ferait perdre 4000 mètres carrés à 100 francs entre les rues Paul Bert et de La Belle Feuille. Cependant le 2 juin, il acceptait, pour la section Paul Bert, les 12 mètres de largeur en incorporant à la voie les 6 mètres de la servitude non aedificandi. Cette partie releva ensuite de la Société technique de réalisations immobilières et industrielles, qui succéda à Geissmann, et fut sous la coupe de Madame Marthe Hanau, femme forte s’il en fut et très capable à divers points de vue, mais qui eut le malheur de s’attaquer à des personnages puissants. Au cours d’un séjour en prison, elle se suicida à Fresnes en 1935. Elle habitait rue de la Tourelle. Il ne fut pas prouvé que ses affaires méritaient ce destin.

De grands immeubles furent construits qu’on baptisa longtemps de son nom. D’un certain point de vue, il est heureux que l’affaire n’ait pas prospéré car, lorsque l’on reprit le projet du boulevard de la République (aujourd’hui avenue André Morizet), il fallut modifier le plan primitif du parcours et le reporter à son emplacement actuel du fait de ces immeubles qui devaient s’étendre plus loin.

La disparition de Geissmann entraîna d’ailleurs un certain flottement entre les deux sociétés et la commune qui ne savait plus au juste à qui elle avait affaire. Finalement, l’une d’elles demanda le classement le 31 mai 1930, mais il fallut revenir à l’autre qui, au nom des propriétaires, le demanda le 25 juillet 1931 pour la partie côté rue Paul Bert. Après divers pourparlers, le conseil municipal approuva, le 23 décembre 1931 le classement, puis le 26 février 1932, une convention passée avec la Société Geissmann comportant participation de la Ville dans les travaux de viabilité et d’assainissement, approbation du préfet le 30 juin 1932. Quant à la partie côté rue de La Belle Feuille, un syndicat dirigé par M. Herbeland obtint le classement de la rue à 12 mètres(30 mai 1931), accepté par le préfet le 27 novembre

Le nom de Georges Sorel a été donné à cette rue par le conseil. Georges Sorel, le doctrinaire du syndicalisme révolutionnaire, mais non son inspirateur. Sorel (1857-1922) avait vécu 30 ans au 25 rue Denfert-Rochereau, et était mort avenue Jean Baptiste Clément.

Rue du Général Galliéni

GallieniDe l’avenue Ferdinand Buisson au 34 bis, quai de Boulogne .
Longueur: 1920 mètres - Largeur: 12 mètres.

On appelait jadis Plaine de Boulogne le territoire situé entre le vieux Boulogne et la ferme de Billancourt. Avant 1789, l’endroit, peu et mal cultivé, parce que sableux - et marécageux par endroits -, était un lieu de chasse pour les rois et les princes. Après 1830, les blanchisseurs de Boulogne, à l’étroit dans leurs anciens quartiers, commencèrent à construire des buanderies dans les rues greffées sur la Grande Rue en direction du Sud et notamment dans les rues de Billancourt, de Silly, et de Bellevue. Leurs eaux, faute d’écoulement, demeuraient stagnantes dans la Plaine couverte de chardons.

La rue de Sèvres avait été classée comme chemin de grande communication et, comme elle avait été mise à l’abri des inondations (?), elle était devenue bordée de belles maisons dont les jardins se trouvèrent ravagés par les eaux des blanchisseurs. Sur leurs plaintes, l’architecte départemental établit un projet consistant à construire une rue transversale dont les caniveaux porteraient les eaux à la Seine. Le conseil municipal tergiversa (24 janvier 1846) puis en 1851, il accepta la rue percée par M. Legrand entre la rue de Sèvres et la Seine. Cette rue s’appellera rue Legrand (23 septembre 1846) jusqu’à une date récente. 

Quant à la grande traverse, bien qu’on ait envisagé de simplifier les travaux en ne faisant pas d’encaissement de cailloux, puisque «le sol de Boulogne est fait de sable et de cailloux», cette économie fantaisiste ne séduit pas les» plus imposés», qui se refusent à voter la dépense. En ce temps, les contribuables les plus imposés votaient les impositions communales avec les conseillers municipaux.

Cependant «la force des choses» triomphe et le «Chemin de la Plaine» fut décidé par le conseil municipal le 9 mai 1852 ; On acquit environ 140 ares au prix moyen de 100 francs l’are. Les titres de propriété montrent que, au début du siècle, on payait le terrain de 10 à 20 centimes le mètre carré (?!).

La rue était à peine terminée et classée chemin vicinal (1855) qu’on décida de porter sa largeur de 10 à 12 mètres (1858). Elle s’arrêtait alors à la route des Princes (avenue Victor Hugo), limite de Boulogne et d’ Auteuil.

En 1860, Boulogne fut agrandie de tout le territoire d’ Auteuil situé en dehors des fortifications. Au point de vue cultuel, il fut décidé de la subdiviser en deux paroisses, Boulogne et Billancourt. La rue de la Plaine se trouva à point pour les séparer, ce qui a subsisté jusqu’à la création de la paroisse Sainte Thérèse (1927).

Le 15 novembre 1862, le conseil municipal décida de prolonger le rue jusqu’à la Route de la Reine. Des difficultés avec certains riverains retardèrent l’opération jusqu’en 1869. 

Comme les eaux, pour lesquelles la rue avait été faite, persistaient à ne pas s’écouler, il fut décidé de construire un égout, ce qui fut fait entre 1866 et 1872 et coûta 157700 francs. 

Le nom de rue de la Plaine, si caractéristique pourtant, a été remplacé par celui du Général Galliéni par décision du conseil municipal du 28 juillet 1916 approuvée par décret du 15 novembre suivant. Gouverneur de Paris en 1914, Galliéni avait sauvé la capitale et Boulogne par surcroît de l’invasion allemande.

La rue Legrand a perdu son individualité par incorporation à la rue Galliéni en 1936. Observons que la rue de la Plaine ou rue Galliéni a formé la limite administrative et électorale des deux sections de la commune dites Boulogne Nord et Billancourt Sud de 1896 à 1927, chacune ayant alors ses propres représentants au conseil municipal.

Cette limite, adoptée par simple imitation du découpage des paroisses, ne correspondait pas aux anciennes délimitations d’avant 1860 ou d’avant 1790.

Rue Gambetta

GambettaDu 1, avenue Jean Baptiste Clément à la place des Ecoles.
Longueur: 470 mètres - Largeur: 12 mètres.

Les plans du XVIIIème siècle montrent un chemin de terre qui va en serpentant de la rue de La Rochefoucauld à la route des Princes près de son confluent avec la route de Versailles - aux abords du marché de Billancourt actuel -. Ce chemin porta plus tard deux appellations: jusqu’à la rue de Paris, celle de chemin des Guérets, au-delà celle de chemin des Chaussières (Saussière). Cette précision se trouve dans l’état des chemins vicinaux arrêté par le conseil municipal le 8 mars 1835. En 1837, un autre chemin des Guérets se greffe sur le premier et va aboutir rue des Princes (Denfert-Rochereau) près de la Porte des Princes. Ce second chemin dit aussi sente de la Sablière est devenu une partie de la rue Louis Pasteur.

Le premier chemin des Guérets se trouvait cité dans une autorisation d’alignement donnée par le préfet le 16 mai 1808 au blanchisseur Leroy, auprès de la rue de La Rochefoucault. Leroy ne devra construire qu’à une distance de 4, 06 mètres du jardin de M. Mollien, ce qui indique la largeur de la rue.

La propriété Mollien devenue propriété de Mme veuve Fessart est lotie par les héritiers de celle-ci après 1840 ; Pour faciliter les ventes, les Fessart établissent une rue dite des Potagers, qui se confond avec une partie de l’ancien chemin des Guérets. Ce dernier nom n’est conservé alors que pour la section entre la rue des Tilleuls et la rue de La Rochefoucault.

Le 17 mai 1857, le conseil municipal votait l’élargissement de 8 à 10 mètres de la rue des Potagers et de 6 à 10 mètres de la rue des Guérets qui en faisait la suite. Cet élargissement ne fut achevé qu’en 1876 par l’achat de la propriété Choumery, à l’angle de la rue de La Rochefoucault, au prix de 30000 francs. 

Dans le but de les prolonger jusqu’à l’entrée du Bois, le maire passe une convention le 19 novembre 1892 avec MM. Bloch et Lévy, acquéreurs de la propriété de M. Arnaud, ancien directeur de l’Hippodrome, qui proposent de percer sur la Grande Rue et sur la rue de l’Est l’amorce de ce prolongement. Leur thèse fut appuyée par leur coreligionnaire Meyer-Worms et le conseil municipal l’adopta le 7 septembre 1893. Ils demandaient aussi la suppression de la servitude de la Grille du Bois, ce que le préfet refusa en approuvant le reste le 8 février 1894 ; La dépense s’éleva à 72188, 43 francs. Les acquéreurs de la propriété Arnaud, Grande Rue n° 1, avaient payé celle-ci 156.000 francs. 

Le maire proposa de donner à la nouvelle rue et aux deux anciennes le nom de Spuller, ministre de l’intérieur, alors connu surtout pour avoir prôné l’Esprit nouveau et l’apaisement envers l’Eglise. Le conseil accepta le 17 avril 1894, mais le préfet refusa d’approuver parce qu’il s’agissait d’un personnage vivant.

On se rabattit sur Gambetta et le conseil municipal en décida ainsi le 3 mai 1894. Un décret du 18 juin 1895 confirma la décision.

Le méchant rédacteur de la Gazette de Boulogne, Petitbon, avait insinué que le maire Clément avait eu l’intention en flattant le ministre d’obtenir les palmes académiques...

Quoi qu’il en soit, le nouveau nom a fait disparaître deux appellations assez pittoresques, dont l’une, celle des Guérets, remontait fort loin.