Pendant un temps dénommée avenue de la République.
Route nationale n° 307
De la porte de Saint Cloud à la place Rhin et Danube.
Longueur: 1700 mètres - Largeur: 31, 20 mètres.
En 1785, la reine Marie-Antoinette acquit du duc d’Orléans le château de Saint Cloud. C’était la première fois qu’une reine de France éprouvait le besoin de posséder une résidence distincte de celle de son mari et un conseiller le souligna bien haut en plein Parlement. Cette coûteuse fantaisie contribua à aliéner à la reine une popularité dont la perte contribua fortement à la sienne en l’amenant jusqu’à l’échafaud. Jusqu’alors, les ducs d’Orléans s’étaient contentés d’utiliser la Grande rue de Boulogne pour leurs relations avec la capitale. Marie-Antoinette voulut une communication plus directe et fit construire la route actuelle (1786) . Elle n’eut pas le loisir de l’utiliser beaucoup. La Cour, éloignée de Versailles par les émeutes d’octobre 1789, vint passer la belle saison à Saint Cloud en 1790 Ce fut la dernière fois pour la reine et son soliveau de mari.
Nous ignorons si la route fut construite à l’aide de corvées. Celles-ci, un instant supprimées par Turgot, avaient été rétablies et leur suppression définitive par Calonne ne fut effective qu’en 1787. Mais nous savons que les entrepreneurs de la Route ne se gênèrent pas pour trouver des matériaux ; ils creusèrent des carrières au beau milieu des chemins avoisinants qu’ils ne rétablirent pas. Des doléances à ce sujet se prolongèrent plus de 30 ans.
La route passait au travers de champs où il n’y avait alors aucune habitation et elle n’amena aucune construction, sauf deux ou trois résidences d’été, avant le premier Empire. La plus belle maison fut celle du bijoutier à la mode (sous le Directoire) Foncier, qui appartint ensuite à la famille du Charnois, puis au maire Sciard. Une autre, moins récente et qui ne remonte qu’à la restauration, était celle du banquier anglais Cunningham, et après lui de M. Dobelin, qui fut maire de Boulogne de 1864 à 1870, et enfin de M. Hersent. Celle qui servit de mairie de 1880 à 1934 avait été édifiée par le négociant Camus sous l’Empire. Elle appartint ensuite à diverses personnes dont M. de Guaïta, personnage cosmopolite d’origine francfortoise.
Ce fut le prolongement de la rue d’Aguesseau jusqu’à la Route, après 1810, qui amena de ce côté plusieurs buanderies dont les eaux, aboutissant dans les fossés qui bordaient la Route, imposèrent la construction d’un caniveau pavé en 1818 aux frais des blanchisseurs.
La Route, délaissée quelque peu sous la Révolution, avait revu la circulation des carrosses, chevaux, etc, s’intensifier avec l’installation de Bonaparte au château de Saint Cloud en 1800 ; Les souverains continuèrent à faire de Saint Cloud leur seconde résidence, ce qui pris fin à la chute de l’Empire en 1870.
Les premiers égouts souterrains de Boulogne furent décidés en 1848 pour employer les ouvriers des Ateliers Nationaux. On débuta par les deux Routes de Saint Cloud
En 1850, la gendarmerie vint se fixer au n° 47 (ancien) et y demeura jusque vers 1875. L’endroit fut sans doute choisi en vue du passage du futur Napoléon III, toujours menacé par les attentats. Le bâtiment appartint ensuite à la Compagnie des Omnibus puis à L’Air Liquide, où Georges Claude faisait ses expériences avant 1914.
En 1856, commença à fonctionner le «chemin de fer américain» de l’ingénieur Loubat qui allait du rond Point - de la Reine - au Palais Royal. Cet omnibus sur rails fut mû par la vapeur en 1892, peu après par l’air comprimé, et enfin par l’électricité en 1912. Cette ligne dite alors n° 2 Louvre - Saint Cloud, supprimée en 1934, fut remplacée par un autobus (actuellement n° 72) . La suppression des accotements permit alors l’élargissement de la chaussée et la réfection du pavage. On fit un essai de pavés en fonte striée (sans tenir compte des contraintes thermiques) qui ne réussit qu’à abîmer les pneumatiques des voitures (les pavés se détachant de leur chape l’hiver) . L’éclairage électrique de la Route remonte à 1926.
En 1860, l’annexion d’une partie d’Auteuil à Boulogne entraîna le report du début de la Route sur sa partie Boulonnaise, de la route des Princes (avenue Victor Hugo) à la Porte de Saint Cloud, la modification du numérotage, et le déplacement du bureau de l’octroi. En 1925, la Ville de Paris a accaparé l’extrémité correspondant à l’ancienne zone militaire.
En 1880-1881, disparurent les murs des propriétés Lepetit (de Guaïta) et Gracien (en face) qui, au dire du maire Liot, donnaient un aspect assez triste à ce quartier. Mais l’ouverture du cimetière, en 1860, avait alors désolé les propriétaires voisins par la menace d’un délaissement de leurs immeubles.
La route ne se garnit d’habitations que très lentement. Les hautes maisons y étaient rares il y a peu de temps encore. Le commerce ne prospérait guère qu’entre la rue d’Aguesseau, qui date de 1810 et le Boulevard de Strasbourg qui lui date de 1870, et encore, longtemps après cette dernière date.
Vers 1930, on commença à se plaindre des accidents causés par des automobiles. Des écoliers furent tués à la sortie du groupe scolaire, ce qui amena la première surveillance policière de la circulation. Quelques temps après, la mise en service de l’Autoroute de l’Ouest fit craindre (ou espérer) un développement de la circulation sur l’avenue et amena un projet de passage souterrain sous le boulevard Jean Jaurès. Le tollé qui s’ensuivit de la part des commerçants riverains fit renoncer au projet (1937) .
Le nom officiel de la route fut longtemps celui de «Chemin du Point du Jour à Saint Cloud», justifié par l’origine de la voie, greffée sur la route de Versailles à la hauteur de l’actuel marché du Point du Jour, reculée vers 1820 jusqu’à son emplacement actuel par le déplacement de la route de Versailles.
Sous la Révolution, on trouve le nom de «Cy devant Chemin de la Reine», sous la Restauration, celui de route de La Reine. En 1848, elle devient avenue de la République, en 1851 avenue de La Reine, sans aucune désignation enregistrée du reste. En 1881, le conseil municipal demande le rétablissement du nom d’avenue de la République et il renouvelle son voeu en 1885, et en parle encore plusieurs fois. Aucune suite n’est donnée. Mais alors que les républicains - très modérés - de cette époque tenaient fortement à ce nom, en 1932, les socialistes décident de «rétablir dans son appellation primitive l’avenue de La Reine qu’on dénommait autrefois route de la Reine» (délibération du 21 décembre 1932) . Ce respect de l’histoire locale et de la tradition est méritoire. Mais il faut espérer que d’autres ne revendiqueront pas la tradition de 1793 (cy-devant de la Reine) ou celle de 1848 (avenue de la République) et surtout qu’on ne fera pas un principe de la remise à jour des anciennes appellations.. Sinon il faudrait supprimer le quai du 4 septembre et le nommer, comme «primitivement», boulevard de l’Empereur, revenir à La Grande rue pour l’avenue Jean Baptiste Clément, etc., etc.
Au 160 de la route de La Reine habita longtemps Louise Hervieu, écrivain et dessinateur.
Rédigé par: Jean-Marc PHILIPPE | jeudi 27 juillet 2006 à 17:07